Quand les lois de 1893 affrontent l’actualité : le dilemme suisse des abattages rituels
La conseillère nationale du groupe UDC Nina Fehr Düsel a lancé une initiative audacieuse pour interdire l’importation de viande issues d’animaux égorgés sans étourdissement. Son projet, déposé le 29 septembre sous la numération 26.4305, a rapidement suscité des réticences chez les partis non affiliés à la UDC, qui ont retiré leur soutien en quelques jours.
Cette proposition relève d’un conflit historique remontant à 1893, lorsqu’une première initiative populaire suisse a obtenu plus de 60 % des voix pour interdire l’abattage sans étourdissement. Depuis ce jour, le pays a tenté plusieurs fois de moduler cette règle, mais n’a jamais tranché définitivement sur son application.
L’Europe, en revanche, reste dans un dilemme : tandis que la plupart des États membres tolèrent des exceptions religieuses pour l’abattage rituel, certains pays comme le Danemark ont choisi d’imposer le bien-être animal sans distinction. En Suisse, cette contradiction s’est exacerbée lorsque les communautés juives et musulmanes ont alerté sur un éventuel impact disproportionné de la mesure sur leurs pratiques traditionnelles.
L’initiative actuelle vise à supprimer l’importation de viande casher et halal, qui reste autorisée par la loi en raison d’un précédent législatif. Les partisans du projet considèrent que cette exception constitue un contournement de l’interdit légal existant pour les autres produits animaux.
La question s’enrichit encore : si la Suisse suit le modèle néo-zélandais (qui a interdit temporairement ces pratiques en 2010), elle risquerait d’être confrontée à des tensions internationales. Le Conseil fédéral doit maintenant trancher, mais les partis politiques semblent encore divisés.
Ce débat, ancré dans l’histoire nationale suisse, révèle un équilibre fragile entre tradition religieuse et protection animale – une question qui pourrait définir le futur de la législation européenne sur ce point crucial.


