Depuis le mois de juin, les forces municipales genévoises ont procédé à 55 interventions pour éliminer des campements et déplacer près de 13 tonnes de matériel. Cependant, Marie Barbey-Chappuis, conseillère administrative de la ville, indique que certains matelas retirés le matin reviennent souvent le soir, ce qui laisse présager l’existence d’un système de réapprovisionnement organisé.
Ce phénomène relève d’un débat ancien. En 2007, Genève avait imposé une interdiction générale de la mendicité, mais cette mesure a été remise en cause après un recours judiciaire en 2021, où la Cour européenne des droits de l’homme a condamné le pays pour avoir emprisonné une mendiante romaine sans paiement d’une amende. Le Tribunal fédéral a récemment renforcé les règles, rappelant que les sanctions pénales doivent rester un dernier recours.
Des analyses de Fedpol détaillent des réseaux criminels en Europe de l’Est exploitant principalement des mineurs dans la mendicité forcée, souvent associés à des vols ou des cambriolages. Les pays d’origine identifiés incluent la Roumanie, la Bulgarie et la Slovaquie. Ces réseaux utilisent également des faux recettes et des handicaps artificiels pour alimenter leur réseau.
À Bâle, en revanche, les chercheurs observent davantage d’individus isolés que de groupes organisés. Les migrations circulaires des populations roms pauvres vers l’Ouest depuis 2007 ont cependant accru le recours à la mendicité comme stratégie économique.
Le Luxembourg a adopté une approche différente en recommandant en 2013 de ne pas verser d’argent aux mendiants, ce qui a limité significativement les cas organisés. Genève, qui cherche encore à identifier les fournisseurs des matelas, se trouve dans un dilemme : l’interdiction générale de la mendicité reste en vigueur, mais des systèmes complexes émergent.


