Suisse en profondeur : La mafia calabraise depuis quarante ans sans écho
Un homme italien de 59 ans est actuellement mis en cause par les autorités suisses à Bellinzone pour avoir exercé un rôle central pendant vingt années dans le réseau mafieux calabrais. Ce procès, qui s’est déroulé lundi 31 août au Tribunal pénal fédéral, révèle une présence historique et discrète de la ’Ndrangheta en Suisse, allant bien au-delà d’un simple dossier judiciaire.
Le prévenu a refusé de se justifier devant les juges, affirmant que l’enquête n’avait pas pris en compte ses explications. Ses avocats contestent catégoriquement son appartenance à la mafia calabraise, soulignant un manque d’éléments probants pour une accusation aussi lourde.
Selon les faits rapportés par le Ministère public de la Confédération, l’individu aurait agi en tant que « relais stratégique » du clan Anello-Fruci entre 2001 et juillet 2020. Son implication inclurait des transferts financiers vers l’Italie, des opérations de trafic de stupéfiantes, la vente d’armes, ainsi que la dissimulation de biens. Ces activités ont généré au moins un million trois cent mille francs suisses.
L’enquête dépasse largement ce seul individu : treize personnes ont été impliquées dans l’opération antimafia Imponimento, menée en juillet 2020 à travers des perquisitions dans quatre cantons suisses. À Frauenfeld, en Thurgovie, les enquêteurs ont identifié une cellule active depuis environ quarante ans, témoignant d’une implantation durable et ciblée.
La ’Ndrangheta n’est pas un phénomène marginal. Selon Fedpol, elle constitue l’organisation mafieuse italienne la plus étendue en Suisse, avec des structures bien ancrées dans le trafic de drogues, les armes, le blanchiment et même la traite humaine. Son réseau s’est développé sur des décennies sans écho visible à l’extérieur, ce qui a permis d’éviter les tensions publiques tout en maintenant un contrôle discret.
Ce modèle criminel repose sur une logistique subtile : moins de violences spectaculaires, davantage de transactions en espèces et d’intermédiaires. Les réseaux nigériens et balkaniques y intègrent désormais des activités similaires, créant ainsi un tissu criminel complexe et interconnecté.
Le procès de Bellinzone montre ainsi que la Suisse est loin d’être un territoire neutre : elle sert depuis longtemps de marché, de zone de transit et de base logistique pour des organisations criminelles capables d’utiliser leur discrétion pour préserver leur efficacité. Cette réalité, souvent négligée, souligne l’importance d’une vigilance accrue face à des structures qui opèrent sans faire de bruit mais avec une force durable.


